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La musique New Age

La musique New Age

La musique New Age

Historique de la musique New Age

extrait de la thèse de Erica Guilane-Nachez (pages 164-171) : SOURCES, MYTHES ET PRATIQUES DU NEW AGE - de ses origines à nos jours

Ainsi à partir du rock très rocailleux des années 1955-1965, le sens hippie de la beauté, ici mélodique, fait naître sur la Côte Est le folk-rock qui propose un rock « cool » (calme), qui va conduire directement à la musique « planante » d’avant le New Age. Dans ce folk-rock, la violence rythmique disparaît de plus en plus souvent au profit de l’harmonie vocale et de l’esthétique des arrangements. C’est cette musique planante — le head-rock — qui deviendra la source du style de musique spécifique du New Age

D’abord, vers 1962-1964, sur la Côte Est et New York, apparaissent des chefs de file, tel Bob Dylan, qui avait épousé les idéaux de la Beat Generation : « Bob Dylan devient, en 1963 et 1964, une grande figure politique américaine, le guru de toute une génération. » La jeunesse est très avide de la musique produite par ses héros, tout aussi jeunes (Dylan est né en 1941, Joan Baez en 1943). Dans la musique et les chansons, largement diffusées par les radios et les télévisions, il y a de plus en plus de textes protestant contre les aspects négatifs de la société et contre l’égoïsme des nantis ; ils exhortent de plus en plus fortement les jeunes à résister aux contraintes, aux aliénations, à la corruption et au dieu-dollar. Vers 1965-1966, un deuxième « cœur » musical se met en place sur la Côte Ouest et la Californie cette fois-ci. Le groupe des Beach Boys évolue déjà « vers une musique extrêmement arrangée qui vise l’Inconscient de l’auditeur. C’est eux qui populariserons la notion de “vibrations”. » 

En 1967, c’est alors la grande époque des fleurs, des clochettes, des bâtons d’encens et des vêtements brodés, panoplie du flower power qui deviendra célèbre dans le monde entier. Là où le folk-rock de la Côte Est est « une révolte de la jeunesse intellectuelle dans son ensemble contre l’injustice sociale, la faim et le racisme, le courant du flower power californien est davantage une attitude communautaire. » Les enfants des fleurs de la Côte Pacifique s’essayent à construire un nouveau système et de nouvelles valeurs : communautés, nourriture macrobiotique, yoga, méditation, respect de l’environnement, amour et harmonie à travers les expériences psycho-mentales facilitées pour l’instant encore par les hallucinogènes. 

Mais au fur et à mesure qu’avance le temps et qu’arrive le début des années 1970, le flamboiement pâlit. Le chômage progresse et touche surtout les jeunes et nous avons vu que beaucoup d’entre eux, politisés jusque là, se détachent de la politique, se tournent vers d’autres intérêts et se mobilisent de plus en plus pour des idées telles que : bouddhisme, zen, hindouisme, occultisme, magie, médecines et psychologies « douces », chamanisme. « On se presse pour écouter les enseignements des gurus, des yogis, des swamis, pour porter les regards vers l’Orient. Eternal love contre coca love. » 

Comme nous l’avons déjà constaté, les musiciens commencent à militer contre la drogue et, dans la musique, le message pro-drogues s’affaiblit dès 1968 : 

« Un an après la vague du flower power, les musiciens rock lancent une nouvelle mode (...) : ils ne sont plus pour, mais contre les drogues. En 1968, le groupe Traffic publie sa chanson anti-drogue Dealer, (...) les Rolling Stones, Sister Morphin (les dernières minutes d’un junkie mourant qui ne reconnaît même plus son docteur et supplie qu’on lui fasse un shoot de morphine). » 

Des musiciens célébrissimes (George Harrison des BeatlesDavid BowieCarlos Santana, etc.) sont gagnés par les idées mystiques de gurus tels Maharishi Mahesh Yogi — l’initiateur de la « Méditation Transcendantale » —, Taisen Deshimaru — moine zen — ou Meher Baba— ce guru hindouiste qui s’habille de blanc et se rase la tête. 

« Cette nouvelle spiritualité ne traduit pas seulement un renoncement passif, mais aussi le refus des formes de violence employées par certains contestataires (...). Aussi la plupart des musiciens rock abandonnent-ils totalement la critique sociale. Ils préfèrent se concentrer sur la recherche, l’amélioration du son et du contenu musical. De nouveaux instruments (mellotron, synthétiseurs) vont favoriser cette expérimentation. (...) Ils délaissent de plus en plus les racines du blues noir et du folk anglo-saxon, se laissent gagner au contraire par les musiques ethniques du tiers monde : l’Amérique du Sud, l’Afrique (pour le rythme), l’Orient (pour l’harmonie). Une minorité de créateurs poursuit la tradition de la critique sociale, mais passe des thèmes généraux, un peu rebattus, à des problèmes locaux et concrets, comme la défense de l’environnement et la lutte contre l’énergie nucléaire. » 

Les Beach Boys de la Californie avaient été les premiers à vouloir délibérément faire une musique qui touche l’Inconscient de l’auditeur. Avec l’avènement des années 1970, et avec l’arrivée des instruments ethniques et le développement de ceux synthétisant les sons, s’amplifie tout un courant musical dans lequel cette même idée mûrit. Ce courant émigre en Europe, surtout en Allemagne, qui prend ainsi le relais des musiciens anglo-saxons. Le Krautrock , entre 1967 et 1972 va progressivement se répandre, à la fois grâce au formidable travail de diffusion des maisons de disques allemandes, parvenant à faire distribuer leurs productions partout dans le monde et au fait qu’une remarquable maturation artistique s’y opère. Ainsi, ces groupes obtiennent une large audience dans le monde anglophone — et cela d’autant plus que les paroles des chansons sont en anglais.

Ces musiciens, Klaus Schulze, les Tangerine Dream et d’autres, veulent développer « une musique de bas en haut, verticale, la kosmische Musik. L’inspiration, ils la cherchent dans la science-fiction, la politique-fiction, les théosophies et les religions d’Extrême Orient. » 


« La démarche de ces groupes vise clairement à étendre le champ de conscience de l’auditeur grâce à des instruments et des techniques nouvelles. L’idée maîtresse des musiciens de Tangerine Dream, par exemple, est de maximiser la conscience musicale de ses auditeurs, d’individualiser la perception de la musique (...). D’où de longues suites fluctuantes qui proscrivent toute apparition brutale de nouveaux thèmes, des progressions subtiles, en demi teintes, comme dans les musiques ethniques orientales, une conception “cyclique” qui exige une grande surface de développement et se déploie largement dans l’espace et le temps, presque sans rythmique. (...) Klaus Schulze souligne l’importance, dans l’éclosion de cette musique des “escaladeurs de nuages” de l’électronicien Thomas Kessler.” » 

C’est donc une musique qui veut créer une euphorie et modifier la conscience du temps ; les musiciens eux-mêmes jouent d’une façon quasi extatique, en transe. Les instruments issus de cultures traditionnelles deviennent de plus en plus présents auprès des synthétiseurs dans le Krautrock. À la fin des années 1960, le groupe Amon Düül II compose « une musique fondée sur des schémas à la fois orientaux et occidentaux » et mariera les rythmes du rock avec des éléments harmoniques d’Afrique et d’Asie et des instruments tels que tambourins, crécelles, clochettes et crotales tibétains. Sont utilisées également, tout à fait délibérément, « des masses de fréquences hautes et basses en continuels mouvements, afin de toucher physiquement les auditeurs (diaphragme, tempes, nerfs de la racine des dents). » Ces expériences musicales ont la volonté d’abattre les frontières ethniques et géographiques et ouvrent la voie à ce qu’aujourd’hui on appelle la world music

Ainsi se poursuit le désengagement politique de la musique rock au bénéfice de l’idée que la musique est un outil pour l’esprit et le corps : « La musique est bien plus qu’un mot ou la routine qu’il recouvre. La musique est le premier stade de la méditation, du dialogue avec soi-même. » De plus, ce même message véhicule également l’idée que la musique est un très puissant moyen de « planer », c'est-à-dire qu’elle remplace avantageusement les drogues pour modifier l’état de la conscience, renforçant les idées déjà émises en ce sens depuis 1968. La musique avait auparavant prôné l’utilisation des drogues — et ce message avait puissamment porté ; à présent, elle rejette cette idée — avec une efficacité semblable.

Les amateurs de musique sont de plus en plus sensibles aux nouvelles sonorités créées électroniquement sur les synthétiseurs et permettant de vastes envolées, de grandes modifications d’athmosphères, des nappes sonores prolongées (et que les instruments conventionnels ne peuvent produire). Déjà, rappelons-le, en 1967 et 1968, des montages musicaux avaient englobé des masses sonores agrémentées de bruits de nature : coups de tonnerre, bruits d’eau.

En 1967, apparaît sur le marché le groupe anglais Pink Floyd, qui va développer de plus en plus le mariage du rock et de la musique synthétique : le psycho-rock, appelé également musique planante. Le 27 mai 1967, à l’Elizabeth Hall de Londres, Pink Floyd, en véritable précurseur de la musique New Age, propose déjà « une relaxation pour l’âge spatial ». C’est la première fois que « la musique en couleurs qui vise à désorganiser les sens touche un large public. (...) Pink Floyd est alors le seul groupe en Europe à viser ainsi le mental de l’auditeur et à lui proposer un tel voyage. » 


L’évolution de la musique rock entre les années 1962 et 1975 a, dans toute l’aire occidentale 

« permis de redécouvrir de nombreuses musiques ethniques. La musique spirituelle, existentielle, magique du monde islamique, de l’Indonésie, du Golfe Persique, etc., a pris désormais en Occident même une place considérable. Toutes les musiques “planantes” électroniques et du Nouvel Âge s’en réclament. (...) Ces créateurs de la nouvelle musique contemporaine américaine ont subi directement ou indirectement l’influence de Ravi Shankar, d’Allah Rakha, des musiques balinaises et javanaises et aussi africaines. (...) Toutes ces musiques “cosmiques” visent à détacher l’auditeur du quotidien, du présent pour l’amener à une sorte d’extase. Leur parenté avec la musique psychédélique, le Pink Floyd, et la musique planante allemande est évidente. » 


Seulement pour mémoire, il est à noter qu’en France également apparaît en 1968

« une contre-culture hexagonale qui va faire connaître des musiques qui mêlent les styles les plus différents, avec une forte influence de la musique planante. (...) Progressivement, à côté des musiques rock, commencent à sortir des albums de musique des minorités régionales françaises : Bretagne, Occitanie. La France découvre son propre folk que les Anglo-Saxons appellent gallic folk. Le musicien breton Alan Stivell s’impose comme ‘‘un des musiciens de rock les plus originaux des années 1970’’. » 


Toutefois si la musique de Stivell est classée « rock », elle est surtout planante et mélodique. 

C’est ainsi que naît en musique, vers 1972-1973, un mouvement « revivaliste » inspiré par les grands noms du folk international, prônant l’écologie et le retour à la vérité des racines : « Ce mouvement folk participe activement à la défense de l’environnement, à la protestation antinucléaire, contre les scandales commerciaux, vinicoles ou immobiliers, à la campagne du Larzac contre l’extension des camps militaires. »

La musique est aujourd’hui l’art majeur dans le New Age. Certes, il y a une peinture d’esprit new age, toutefois elle n’a pas l’importance que la musique peut trouver souvent dans le quotidien du new ager : support à sa méditation, à sa relaxation, à l’expansion de sa conscience, à ses pouvoirs.

La musique new age est peu rythmée, planante, méditative, jamais discordante mais harmonieuse. C’est une musique surtout instrumentale : elle utilise des instruments courants, ethniques et électroniques — les synthétiseurs y sont importants car ils ont enrichi la banque de sons disponibles et permettent de tenir les notes indéfiniment en longues nappes sonores. On peut y trouver des chœurs, mais il est rare qu’un texte chanté y figure : il n’y a pas d’aspect message pour l’intellect dans la musique new age, elle est toute dévolue à l’émotionnel, au sensible, à l’esthétique du son et à son impact sur les états de conscience. Lorsqu’un texte est présent, cela relève davantage de la psalmodie ou du phrasé hypnotique. On peut occasionnellement y trouver des montages avec des liturgies (grégoriennes, bouddhistes). Elle est parfois très pauvre sur le plan des arrangements car elle privilégie la « résonance », la « vibration », les « harmoniques » et vise à favoriser « l’exploration des différents niveaux de la conscience » , la méditation, la guérison et le pouvoir guérisseur (en ce sens, elle a pu remplacer la drogue en tant que vecteur de contact avec les dimensions supérieures de l’être).

En effet, dans le New Age, on considère que la musique peut guérir : « Les fréquences vibratoires sonores semblent véhiculer une information qui permet aux tissus lésés de se remettre à l’unisson des autres cellules saines du corps (...), il semble qu’elles agissent sur le filtre cortical, le corps électrique [éthérique]. » Le son est ainsi susceptible d’aider les personnes en fin de vie tout autant que l’accompagnement fœtal et l’accueil des nouveau-nés ; il est également susceptible de guérir le corps et le psycho-mental perturbés.

C’est par son pouvoir « harmonisateur » que la musique peut opérer la guérison par, à la fois, harmonisation du psycho-mental, mise en place d’états non-ordinaires de conscience et « réponse » au niveau vibratoire du système résonateur qu’est la personne visée au « système résonnant » qui est la musique. 

Bien entendu, au premier degré, « la musique permet d’explorer dans des conditions optimales nos différents niveaux de conscience ». 

Le New Age ne manque pas de souligner que n’est pas nouvelle la connaissance du pouvoir des sons à des fins thérapeutiques, car « elle est ancienne dans son principe. N’oublions pas qu’à Épidaure et à Pergame, la thérapie en usage il y a plus de 2000 ans était déjà basée sur le son. Rendons hommage à Pythagore, le grand pionnier en ce domaine. Il avait été lui-même introduit à ces techniques en Égypte et la tradition remonte certainement à la Chaldée et à des civilisations du nord-ouest de l’Inde. Initié aux mystères orphiques, Pythagore cherchait sans doute déjà à rendre par l’usage du son une utilisation plus ‘‘consciente’’ des énergies psychiques. » 

Au degré supérieur, la musique est également dans le New Age un vecteur d’union avec le Sacré : « La musique (en jouer, en écouter, y penser, s’en souvenir, la désirer) est un yoga inépuisable et délicieux. Quand l’esprit se relie à cette muse purificatrice et cathartique, l’Unité se profile, la verticalité devient stable, et la Lumière répand ses infinis bienfaits sur nos pensées et sur nos actes. »


Notes

Raoul Hoffmann et Jean-Marie Leduc, op. cit., p. 53.

Ibid., p. 97.

Ibid., p. 99.

Ibid., p. 109.

Ibid., p. 126.

Ibid., p. 110.

Le Krautrock a souvent été appelé kosmisches Rock (en anglais : space rockle rock cosmique).

Edgar Froese, musicien du groupe Tangerine Dream, cité par Raoul Hoffmann et Jean-Marie Leduc, ibid., p. 113.

Escaladeurs de nuages : ce sont des synthétiseurs. Raoul Hoffmann et Jean-Marie Leduc, ibid., pp. 114-115.

Raoul Hoffmann et Jean-Marie Leduc, ibid., p. 118.

Gerd Kraus, musicien, cité par Raoul Hoffmann et Jean-Marie Leduc, ibid., p. 122.

Raoul Hoffmann et Jean-Marie Leduc, ibid., p. 153.

Ibid., pp. 165 et 166.

Ibid., p. 170.

Ibid., p. 173.

Un son est considéré comme la somme d’un grand nombre de fréquences sinusoïdales rapprochées les unes des autres. Les harmoniques sont des notes projetées au-dessus d’une note et dont les fréquences se trouvent dans un rapport simple de nombres entiers avec celle de la note fondamentale. Tout son engendre naturellement des harmoniques et c’est leur mélange qui donne au son son timbre. Dans le chant harmonique, le chanteur produit simultanément deux ou plusieurs notes. Il lui est possible de rehausser les harmoniques et de les faire résonner par un travail de la voix qui implique une modification précise des partie du corps composant la « caisse de résonance » du chanteur. On trouve principalement le chant harmonique en Asie Centrale, au Tibet, en Bulgarie — et dans le New Age.

Régis et Brigitte Dutheil, La médecine superlumineuse, p. 125.

Ibid., p. 117-118.

Ibid., p. 125.

Jacotte Chollet dans le fascicule accompagnant son disque Invisible présence, 1991.

Marc Questin, La médecine druidique, p. 130.

 

© Dr Erica Guilane-Nachez